YANG LU CHAN ET LE MANTEAU MAGIQUE

Au début du XIXème siècle, le taiji quan, branche martiale du qigong, n’avait qu’un seul style et n’était enseigné qu’au sein de la famille Chen, dans le village de Chenjiagou dans la province du Henan. C’est à Yang Fukui, plus connu sous le nom de Yang Lu Chan, (1799-1872) que la paternité du style Yang du taiji quan a été attribuée. La légende raconte que, employé comme jardinier dans la famille Chen, Yang Lu Chan consacrait son temps libre à espionner les entraînements de ses maîtres à travers les planches disjointes des toilettes et s’exerçait la nuit. Surpris, il aurait été sommé de montrer ce qu’il en avait retenu. À noter qu’en ce temps, pratiquer le style d’une famille qui n’était pas la sienne, sans l’approbation du grand maître, était intolérable. La punition variait d’infliger des blessures graves pour s’assurer que la personne ne puisse pratiquer un art martial jusqu’à l’exécution. Cependant devant la qualité de ce qu’il avait su saisir par ses observations, son maître Chen Changxing aurait décidé de l’accepter parmi ses élèves. Lorsqu’il revint dans son village, au terme de six années d’apprentissage, il dut répondre au défi que lui lancèrent des pratiquants d’arts martiaux lors d ‘une compétition populaire, ce qui était la coutume en ce temps là. Malheureusement, Yang Lu Chang perdit tous ses combats. Il retourna donc auprès de Chen Changxing qui poursuivit son enseignement durant six années . Mais cela ne fut pas suffisant car il fut de nouveau vaincu lorsqu’il participa au tournoi du village. Il reprit donc son apprentissage de sorte qu’au terme de dix-huit ans de formation, plus fort que jamais, il gagna tous ses combats et acquit son surnom de Yang l’invincible. Il s’installa à Beijing pour enseigner le taiji quan comme employé à la cour des Qing, (dynastie mandchoue dont le règne s’étend de 1644 à 1911), avec un grade d’instructeur très élevé. Il existe de nombreuses histoires sur ce personnage hors du commun, mais celle du «  manteau magique » est particulièrement étonnante.

Yang Lu Chan, après une visite qui s’était prolongée tard dans la nuit, regagnait sa demeure. Comme il était en train de traverser un des quartiers les plus mal famés de Pékin, il marchait à grands pas, espérant ne pas faire de fâcheuses rencontres…

   Et justement… une désagréable surprise l’attendait : au coin de la rue; il se trouva nez à nez avec un groupe de voyous qui lui barraient le passage. Se retournant pour prendre la fuite, il constata amèrement que ses arrières étaient coupés par le reste de la bande. Une trentaine de malfrats, armés de bâtons et de matraques, l’encerclaient. Yang Lu Chan n’essaya même pas de résister, il se laissa dépouiller de sa bourse sans dire un mot et, quand les coups commencèrent à pleuvoir, il s’enroula dans son manteau et se laissa tomber à terre. les voyous se défoulèrent à coups de pieds et de bâton sur Yang qui, enveloppé dans son manteau, ressemblait à un sac d’entraînement. Les agresseurs furent vite lassés de frapper ce corps inanimé et croyant qu’il avait eu son compte, ils ne tardèrent pas à l’abandonner.

   Le lendemain, Yang Lu Chan trottinait dans les rues et se livrait à toutes ses activités quotidiennes comme si rien ne s’était passé. En tout cas, il ne portait sur lui aucune trace de coups qu’il avait essuyés la nuit précédente… Mais le plus surprenant dans cette histoire, c’est que plusieurs de ses agresseurs avaient, eux, dû rester au lit ! Ceux qui avaient directement touché le manteau de Yang gardèrent leurs membres paralysés pendant plusieurs jours.  Il semble que dans cette embuscade nocturne, afin de ne pas risquer de tuer l’un de ses agresseurs, Yang ait choisi d’amortir les coups avec son « manteau magique ».

   En Chine, on dit que de tels Maîtres ont atteint un niveau où leur Chi, leur énergie interne, est si puissant que leur corps devient invulnérable, souple comme du coton, insaisissable. Mais par contre, quand ils vous touchent, vous ressentez la force d’une montagne vous êtes paralysés comme si vous avez reçu une décharge de courant électrique à haute tension.

Nb :Taï-chi chuan (Taiji quan) peut se traduire de différentes façons : « La poutre soutenant le toit », « La boxe du Faîte suprême », « L’art du yin/yang universel »ou « La Boxe Ultime et Suprême ». Le Taï-chi est l’énergie de l’univers créée par le Wu-chi et elle contient en elle les énergies complémentaires yin et yang. Le Taï-chi chuan ancien se caractérise par le respect de l’alternance yin/yang dans ses mouvements circulaires, fluides, naturels et relaxés.

Publicités