PIERRE SIBILLE

Pierre Sibille fait partie de ces gens qui semblent avoir eu plusieurs vies, tant son parcours est d’une richesse incroyable. En plus des rencontres importantes qui ont jalonné sa vie ou bien des temps forts qui ont marqué sa carrière professionnelle et sportive, c’est aussi un personnage très éclectique qui consacre une partie de son temps libre à explorer d’autres domaines et, qui sont souvent éloignés des arts martiaux (architecte, musicien, historien, dessinateur de presse). Il est aujourd’hui un des piliers de la Fekamt[1] et il continue de transmettre avec passion, une part de son immense expérience acquise dans les dojos du monde entier.

Né le 10 juillet 1945 à Annemasse en Haute Savoie, il commence comme beaucoup de jeunes de sa génération par la pratique du judo à l’âge de 10 ans, sport qu’il poursuivra pendant le collège et le lycée. Après l’obtention d’une ceinture bleue en 1960, il abandonne le judo. Il pratique cependant d’autres sports – basket, rugby, ski, patinage- pour lesquels il se passionne encore aujourd’hui, avant de se tourner vers le karaté. C’est à Bonneville, en 1964, qu’il découvre pour la première fois le karaté shotokan[2]. Il y prend sa toute première licence (FFKAMA). En 1965, ses études d’architecture l’obligeant à partir pour Paris, il continue temporairement le karaté sous la direction de maître Raymond Cocâtre[3] (1923-1980) budoka et enseignant d’un wado-ryu très personnel. Dès 1966, poursuivant ses études à l’école d’architecture de Genève, il fréquente sur recommandations, le Shung dô kwan où enseigne maître Mitsuhiro Kondo, judoka, aïkidoka et à un degré moindre karatéka. Il renoue avec le shotokan et, au contact de ce maître, il apprend énormément de choses sur la culture et les traditions japonaises. Il saisit petit à petit, l’esprit des Arts Martiaux, et il comprend la nécessité de s’initier à d’autres budo et à d’autres écoles.

Il commence tout naturellement par l’aïkido (courant Tomiki) et s’y consacrera une dizaine d’années jusqu’à l’obtention de son premier kyu. Maître Kondo décide d’ouvrir son propre dojo : le Kondo-Dojo qui deviendra par la suite le Budo Club de l’Europe. Par fidélité, Pierre Sibille suit son maître et deviendra son élève et assistant de karaté pendant une dizaine d’années. Maître Kondo n’est pas a priori un grand maître de karaté shotokan, mais il est très ouvert et permet à ses élèves de se familiariser avec des styles variés : grâce à lui, Pierre Sibille rencontrera et travaillera avec des maîtres reconnus comme Kaji (shorinjji kempo), mais aussi Kanazawa, Miura, Takahashi (shotokan), H. Mochizuki ( wado) Murakami (shoto kai),Yamashita (Goju ryu). Durant l’année 1970, à l’invitation de Maître Kondo, Maître Chojiro Tani, assisté de Yoshinao Nanbu et Hanaï, encadre un stage de shukokai (« voie pour tous ») dans le dojo helvétique. Pierre Sibille y découvre pour la première fois le style shito-ryu. Celui-ci continuera quelques temps l’étude du Shukokai avec Hanaï puisque ce dernier restera à Genève et enseignera pendant presque un an au Kondo dojo. De nombreux experts tels que Fujiwara, Fujiza et Nakajima viendront par la suite enrichir la connaissance des différents budo japonais au jeune Sensei genevois.

Pierre Sibille s’essaye tout naturellement à la compétition Kata et termine deux fois vice champion de la Suisse Karaté Organisation. Il participe aussi à des rencontres de kumité (en Ippon Shobu) mais face aux grands gabarits de l’époque, il n’obtient malheureusement aucune place honorable. A cette époque, il fait la connaissance d’un certain Henri Jordan[4], considéré comme un des pionniers du karaté suisse (troisième aux championnats d’Europe en 1967 à Londres). Rapidement, afin que ses élèves puissent évoluer dans les instances officielles, il se rapproche de ce dernier en suivant ses cours. En contact de plus en plus étroit avec Henri Jordan, Pierre Sibille quitte maître Kondo en 1980 et il rejoint le Karaté Club Genève, où il devient rapidement l’ami, puis le confident et un conseiller d’Henri Jordan, tout en nourrissant déjà d’autres orientations autres qu’essentiellement sportives pour son karaté. Sur les conseils et avec le soutien de ce membre éminent d’une branche de la fédération Suisse (SKUEK), de l’Union Européenne (UEK) et de l’union Mondiale de Karaté(WUKO) il s’implique dans ces instances. La même année, il assiste à Paris à un stage international de Shito ryu, donné par Maître Kenei Mabuni (fils de Kenwa Mabuni) assisté de Maître Ishimi. Participent à ce stage de nombreux autres professeurs issus de divers courants comme Satoru Nino (Hayashi ha shito ryu) ou Hidetoshi Nakahashi.

Un an plus tard, il se rend aux championnats du monde en Espagne en compagnie d’Henri Jordan. Tous les deux sont très impressionnés par la démonstration que réalise Maître Yasunari Ishimi. Ils décident d’organiser un stage privé au Karaté Club Genève avec Ishimi Sensei et un stage public dans le canton du Valais, auquel assisteront 250 karatékas Suisses. A la fin de ce stage, Maître Ishimi lui propose, en présence du prince « Adam Csartoryski y Bourbon[5] » qui assure la traduction, de devenir son élève. Il se rend à Madrid dans les jours qui suivent et celui-ci lui fait découvrir un karaté ancestral, proche du Tode d’Okinawa. A ses côtés, il découvre les vraies valeurs du karaté do, et l’enseignement qu’il reçoit va modifier profondément sa pratique du karaté.

(à suivre)

[1] Les fondateurs de la FEKAMT sont au départ 4 personnes qui jetèrent les bases, produisirent et rédigèrent les éléments de réflexion et de structuration de la FEKAMT et de la « Karaté Do Yudansha Kyookai » et qui démissionnèrent dans la foulée de la FFKAMA. Il s’agit de G. Garson, G. Gruss, G. Bigot et P. Sibille.
[2] Note de Pierre Sibille suite à un complément d’information : «  J’avais connu préalablement Maître Kondo, via un de ses élèves – qui travaillait chez un architecte où je faisais un stage – et avec qui j’ai commencé le karaté fin 64. Je visitais donc Maître Kondo petit à petit au Shun Do Kwan. C’est donc pas son biais qu’à Paris, je rencontrai maître Cocâtre, son ami qui faisait une sorte de wado, très personnel. Ce dernier était un élève du père Mochizuki. J’ai donc commencé le karaté à Bonneville quasiment en privé avec un élève de Maître Kondo ».
[3] Maître Raymond Cocâtre (1923 – 1980) fut l’un des grands maîtres de Budo et l’un des pionniers des arts martiaux en France. Il fut l’élève d’Henri Plée, de Sensei Murakami, et de Maître Mochizuki. Issu au départ du style Wado Ryu apporté en France par Maître Mochizuki, Maître Cocâtre en modifia quelques peu les fondements. Il rendit le style plus souple et surtout tint à respecter la morphologie et la mentalité européenne.
[4] Henri Jordan est né en 1946 à SION (Valais). Il suivra les cours de Maître Kondo en venant s’installer à Genève comme apprenti électricien. C’est avec un groupe d’amis qu’il crée le Karaté Club Genève. Il s’entraine alors avec Bernard Cherix (1927 – 2009) qui deviendra un des hauts responsables de la fédération suisse de karaté. Parallèlement, il s’entraine aussi à l’Europe Karaté club de F. Sanchez à Lyon où un certain Dominique VALERA, ceinture marron, commence à faire parler de lui.
[5] PRINCE ADAM CSARTORYSKY Y BOURBON (cousin germain du roi JUAN CARLOS) fut un des premiers élèves d’ISHIMI à Madrid. Il fit partie de l’équipe espagnole de karaté. Il fait partie du comité olympique espagnol, et représente souvent de façon officielle le sport espagnol dans de grandes manifestations olympiques ou mondiales. Il parle 7 langues et fait souvent office de traducteur à la WUKO.
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