GILBERT GRUSS FÉVRIER 2015

Avec l’autorisation de Maître Gilbert Gruss

Dans son préambule, Gilbert Gruss rappelle que le karaté désignait à l’origine « la main de Chine » ou plus exactement « la main chinoise  » en référence à la dynastie Tang. La substitution du sens de « chinois » en celui de « vide » est intervenue dans le premier tiers du XXème siècle sous l’influence de Gichin Funakoshi. A l’origine, le karaté avait une préoccupation essentiellement martiale et se basait sur la science des percussions par des coups frappés, avec toutes les armes naturelles du corps humain : doigt, poing, main, coude, genou, pied … sur les points dits vitaux (kyusho) de l’adversaire, pour le mettre hors de combat. A ces techniques de percussions, s’ajoutaient des clés d’articulations (kansetsu waza), des projections (nage waza) et des étranglements (shime waza). En revanche, un certain nombre de techniques pratiquées aujourd’hui, comme les coups de pied donnés très haut, les fouettés ou les retournés n’existaient pas, car jugées trop peu réalistes et dangereuses en combat réel pour celui qui les exécutait. Pour l’anecdote, Gilbert raconte que lors de ses premiers combats, un coup dans l’entre- jambe était considéré comme ippon, ce qui obligeait à combattre les genoux légèrement rentrés pour éviter le choc. Au fil du temps, la modification des règlements a transformé le karaté en une discipline sportive qui n’a plus rien à voir avec les techniques ancestrales. Toujours est-il que certaines séquences de combat dont l’efficacité était éprouvée sur le terrain, ont été codifiées et regroupées pour élaborer les kata que nous pratiquons encore aujourd’hui. Ils constituent en quelque sorte des archives dans lesquelles on peut puiser à l’infini, et qui contiennent plusieurs niveaux de lecture en fonction de sa pratique personnelle. Mais attention, un kata n’est pas une simple chorégraphie, que n’importe quel gymnaste pourrait s’approprier facilement, comme le souligne Gilbert. Il y a au-delà de la forme, du canevas, de la trame visible, quelque chose d’autre qu’il nous faut découvrir. Les bunkai sont une des clés qui permettent d’accéder au sens caché des kata. Gilbert rappelle à ce propos que le mot « bunkai » ne signifie pas « application » mais bien « découpage » (bun = fragment et kai = analyse). Pour ce stage, Gilbert propose de partir des heian et des kata supérieurs pour illustrer ces quelques remarques liminaires.

1 – Heian nidan

Bien que les heian soient des kata pédagogiques, ils contiennent certains enchaînements issus des kata supérieurs (kankudai, bassai dai, jion…). Le début d’heian nidan (morote haiwan uke / soto uke+ Ura zuki/ yoko zuki) constitue un groupe intéressant (On trouvera d’autres interprétations de l’ouverture d’heian nidan dans les précédents cahiers techniques).

Tori jambe droite en avant, attaque maete ou kizami zuki, bras droit. Uke, pour se protéger, monte ses deux bras en morote haiwan uke et bloque l’attaque. Tori voyant l’ouverture, enchaîne gyaku zuki. Uke abaisse son bras gauche et vient saisir le poignet gauche de son adversaire. Tout en maintenant sa saisie, il riposte ura zuki bras droit. Tori parvient cependant à dévier l’attaque de sa main droite. Uke crochète alors la main droite de Tori et libère sa main gauche. En effectuant un transfert sur l’arrière, il déséquilibre Tori par un hikite et le frappe au niveau de la gorge avec un tettsui bras gauche. Il peut aussi s’agir d’un mouvement pour déséquilibrer l’adversaire et le faire chuter. Gilbert explique que la saisie permet le contrôle de l’attaquant et donne ainsi plus de possibilités à Uke pour le contrer. Ce bunkai s’inspire des principes du tui shou (mains collées ou poussée des mains) du wu-shu.

Gilbert montre ensuite quelques variantes pour expliquer qu’un mouvement du kata peut être une ouverture vers une autre technique même si celle-ci n’est pas codifiée dans le kata. C’est la position du corps de Uke, la réaction de Tori, sa morphologie… qui vont induire un autre enchaînement.

Variante 1 : clé de coude

Variante 2 : clé de poignet et projection

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