STAGE GILBERT GRUSS – GENEVE – 5 NOVEMBRE 2011 –

Avec l’autorisation de Maître Gruss et Maître Sibille

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Le stage démarre par une présentation de Pierre Sibille sur l’évolution du Karaté moderne par rapport aux arts martiaux traditionnels d’Okinawa tel que le To de (ou To te). Si l’apprentissage du karaté en direction d’un public de masse (armée, école, par exemple) a nécessité d’imaginer des dispositifs particuliers (kihon, travail en ligne, décomposition des mouvements en petites unités…), il a aussi conduit à privilégier certaines techniques de percussion au détriment de techniques plus élaborées comme les clés ou les projections. Il est donc important de revenir à la source, afin de ne pas oublier que le karaté est d’abord et avant tout ,une technique de défense personnelle qui utilise des formes variées et complémentaires. Ce stage est donc orienté sur des techniques de défense rapprochées tout en puisant dans divers styles (wushu, wing chun, tai chi, qi gong…) pour montrer l’importance du travail interne (respiration, énergie, esprit) dans l’exécution du travail externe. Gilbert Gruss explique, en prenant l’exemple de la peinture, que si chacun est capable de produire une œuvre tout en ayant la même palette de couleurs et les mêmes bases techniques, ce qui fait la différence à la fin, c’est la capacité de certains à agencer les formes de manière harmonieuse, fluide et originale voire à en inventer de nouvelles. En Karaté, il en va de même. On doit donc faire progresser son karaté en explorant d’autres styles, d’autres écoles. Il illustre d’ailleurs son propos par l’histoire des 3 écus donnés par un père à ses 3 enfants : le premier le dépense, le second l’enterre mais le troisième le fait fructifier. Tout savoir n’a d’intérêt que s’il évolue et s’il est confronté à d’autres connaissances.

I./ Échauffement

Chaque exercice se fait une dizaine de fois à droite et à gauche /dans le sens horaire et anti horaire -

  • Mains sur les genoux serrés et fléchis – rotation des deux genoux dans le même mouvement horaire et anti horaire.

  • Jambes légèrement écartées, mains aux hanches rotation du bassin horaire et anti horaire en élargissant et en diminuant les cercles.

  • Étirement de la nuque en baissant et en relevant la tête – rotation de la tête sur l’axe horaire et anti horaire.

  • Mains aux épaules rotation horaire et anti horaire.

  • en position kiba dachi petites flexions sur les genoux – corps bien droit – pensez à la verticalité de la tête comme si on avait un fil au dessus du crâne.

  • En position zen kutsu passer en ko kutsu et vice versa – idem avec rotation horaire et anti horaire du bassin sur le transfert
  • Debout jambes écartées – aller toucher son pied gauche – passer au centre – puis aller toucher son pied droit – écarter les jambes de plus en plus et recommencer.

  • Jambes écartées – transfert du poids du corps sur la jambe gauche – tendre la jambe droite -transfert du poids du corps sur la jambe droite -tendre la jambe gauche-

  • Jambes écartés – coudes au sol – assouplissement –

  • série de mae geri

II./ Exercices respiratoires

  • En position yoi, mains jointes, bras tendus, paumes orientées vers le haut – inspirer en poussant – descendre les bras en les écartant lentement et en expirant – -arrondir le dos – les bras sont décontractés – plier les genoux -remonter les mains en passant par les chevilles puis remonter doucement pour se retrouver à la position de départ. Recommencer.

  • En position yoi, mains jointes, bras tendus, paumes orientées vers le haut – inspirer – basculer le corps sur la gauche pour bloquer un poumon et libérer l’autre – expirer – revenir à la position initiale – inspirer – reprendre le basculement sur le côté gauche -expirer– revenir à la position initiale – refaire le même travail à droite.

  • En position zenkutsu jambe gauche en avant – le poignet gauche sur le poignet droit, paumes tournées vers l’intérieur -la main gauche pousse sur le poignet droit qui résiste – ensuite la main droite ramène la main gauche qui résiste – sur le premier temps inspirer et sur le second temps expirer profondément – amener à chaque fois les mains vers le plexus solaire – changer de jambe et inverser les bras. Refaire le même travail.

  • En position zenkutsu, jambe gauche en avant, bras tendus, mains décontractées – En inspirant, passer en kokutsu – en amenant les mains au niveau des épaules – repasser en zenkutsu en expirant et en poussant lentement devant soit – l’enchaînement des mouvements se fait ensuite de manière fluide et souple comme une vague.
  • Faire le même travail mais en bloquant sur la poussée – mettre le ventre lors du transfert du poids de corps – kiai sur l’expiration.

III/. Travail à deux

Durant le stage, plusieurs exercices sont axés sur le principes des « mains collantes » ou chi-sao. L’idée est de pouvoir ressentir les mouvements du partenaire par un autre sens que celui de la vue, à savoir celui du toucher. Gilbert Gruss utilise l’expression « écouter avec la peau » pour expliquer le principe : il s’agit à travers une sensibilisation tactile des bras (voire des membres inférieurs) de se défendre d’une manière spontanée et flexible. Une fois que le contact avec les bras (ou les pieds) de l’adversaire est établi, les "lacunes" dans sa défense sont détectées immédiatement et la contre-attaque se fait instantanément et sans avoir recours aux impressions visuelles (yeux). On peut donc faire tous les exercices les yeux fermés.

  • Poignets contre poignets, chercher à sentir les mouvements de l’adversaire pour trouver une faille – avoir le corps décontracté et les épaules souples – les coudes sont dirigés vers le bas pour protéger le centre. Attention, dès que l’on accélère le corps à tendance à se raidir , les épaules à monter et les bras à perdre de leur fluidité.
  • En position zenkutsu, jambe gauche en avant, poignet droit contre poignet droit, enrouler le poignet de l’adversaire par l’intérieur (sens horaire) et effectuer kaketé puis enrouler le poignet de l’adversaire par l’extérieur (sens anti -horaire) et effectuer kaketé. Dans un premier temps on fait le travail lentement puis on accélère de manière à avoir le travail des 2 partenaires en opposition et de façon simultanée. Sur le kaketé, on effectue une petite traction vers le bas.

  • En position zenkutsu, jambe gauche en avant, poignet droit contre poignet droit -Tori descend gedan barai en poussant le bras de Uke– Uke résiste puis passe en kokutsu pour absorber la poussée de Tori avant d’être coincé– Il repousse le bras de Tori en passant en zenkutsu et ainsi de suite. Sur l’absorption on inspire, sur la poussée, on expire. Changer de jambe et de bras et refaire le même travail.

  • Refaire la même technique mais ajouter la deuxième main dès l’absorption en kokutsu en partant du coude pour remonter sur l’avant bras au moment de la poussée en zenkutsu- On peut effectuer des changements de direction .

Selon Gilbert Gruss, il se produit une sorte de «  voyage du corps  » lorsque l’on passe en zenkutsu, kiba dachi, ou kokutsu et que l’on effectue ainsi les transferts de masse. Pour que ces transferts soient efficaces, il faut que la respiration soit en harmonie avec les différents mouvements. C’est la mise en synergie de plusieurs facteurs qui permet d’accroître l’énergie envoyée lors d’une riposte .

Gilbert Gruss reprend l’exemple du oi zuki pour illustrer son propos – en garde kamaé, jambe gauche en avant -inspiration (poids du corps sur la jambe avant gauche) – poussée de la jambe arrière, transfert du poids de corps sur la jambe avant droite – extension du bras et rotation du poignet, fermeture du plexus et des épaules – contraction au niveau du tanden au moment de la frappe – expiration – relâchement – retour en garde en inspirant sur le hikité – recommencer.

  • Tori veut saisir Uke au col – Uke en yoi, passe en kokutsu en inspirant et attrape les deux poignets de l’adversaire par l’intérieur en le tirant vers le bas (kaketé), sur le transfert du corps en zenkutsu, il frappe avec les deux mains ouvertes sur le plexus solaire de Tori en expirant -

  • Tori attaque jodan oi zuki – Uke dévie Uchi uke bras droit en kokutsu en inspirant – le bras gauche passe très rapidement par dessus le bras de Tori et le dégage en gedan barai - sur le transfert en zen, Uke frappe en gyaku en expirant.

  • Tori attaque jodan oi zuki – Uke dévie uchi uke bras droit en kokutsu en inspirant – le bras gauche passe par dessous et dégage en jodan age uke - sur le transfert en zenkutsu, Uke frappe en gyaku en expirant.

  • Tori attaque jodan oi zuki – Uke dévie uchi uke bras droit en kokutsu en inspirant –après avoir utilisé un des deux dégagements vus auparavant, Uke vient crocheter le pied de Tori et en poussant sur son tibia, il frappe en expirant (empi par exemple).

IV – Techniques self défense

Gilbert Gruss propose plusieurs situations de self défense .

Sur juji uke (ou blocage en croix )

  • Tori attaque jodan oi zuki jambe gauche en avant – Uke bloque en juji uke en interceptant le poing dès le départ de l’attaque – Dans le mouvement, Uke saisit le poing de Tori de la main droite et l’amène sur le côté en koshi kamaé avec une clé de coude – la main gauche qui effectue la clé de coude dégage en gedan barai avec transfert du poids de corps – Uke riposte avec gyaku zuki ou avec haito.

  • Travail sur gedan juji uke avec attaque au couteau – sur l’attaque portée par Tori de bas en haut, Uke bloque gedan juji uke et esquive en neko ashi dachi – dégagement du bras armé de Tori par un gedan barai suivi d’un enroulement de l’épaule – à partir de là, il y a plusieurs solutions pour mettre Tori hors de combat.

Sur empi uke (empi désigne le coude mais évoque aussi le bras du singe )

  • sur une attaque de Tori en maite – Uke monte le coude en jodan empi uke pour dévier l’attaque – à partir de là plusieurs possibilités (clé , atémi) – Uke a sa garde en place.
  • idem mais Tori enchaîne en plus un gyaku zuki chudan– Uke bloque avec empi uke en descendant – enroulement du bras et clé d’épaule – pivot en tirant Tori -– coup de genou en amenant Tori vers le sol-
  • Tori attaque maite bras gauche – Uke dévie l’attaque en montant le coude en empi jodan uke – le bras en empi jodan passe par-dessus le bras de Tori en l’enroulant– la main gauche de Uke vient saisir la main gauche de Tori et Uke en passant en kokutsu vient tirer dans le creux du coude de Tori avec son avant bras droit pour le déséquilibrer –en repassant en zenkutsu Uke repousse violemment Tori en lui attrapant la nuque , puis en soulevant son bras, Uke vient placer le coude de Tori derrière sa tête pour l’immobiliser– Uke effectue alors une luxation de la nuque pour amener Tori au sol ; en maintenant le bras derrière la tête de Tori, Il frappe tsuki.

V./ Bunkai divers

  • Tori attaque jodan oi zuki jambe gauche en avant– Uke esquive sur la gauche et dévie le poing avec main gauche puis frappe en même temps gyaku chudan – dégagement du bras avec gedan barai puis uraken .

  • idem mais réplique de Tori en gyaku – l’uraken vient alors bloquer le 2eme bras – Uke riposte gyaku zuki.

  • Travail sur le début de nidan – Tori attaque jodan zuki – Uke bloque bras gauche – le bras droit passe par dessus pour dégager en gedan barai - Uke frappe tetsui bras gauche.

Jean -Luc Gaudet