STAGE GILBERT GRUSS PERONNAS 17 ET 18 DEC. 2011

Avec l’autorisation de maitre gilbert gruss
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La première partie du stage est axée sur des techniques de déviation comme empi uke ou sashi te. En ce qui concerne sashi te, il s’agit d’une déviation du bras de l’adversaire (ou des membres inférieurs) que l’on réalise bras tendu en avançant vers ce dernier, main ouverte ou poing fermé. C’est une technique que l’on retrouve dans le shito-ryu et dans le tai ki ken. Pratiquement, toutes les techniques traditionnelles de blocage du karaté (gedan barai, soto uke , uchi uke, age uke, etc.) peuvent se réaliser avec l’esprit du sashi te. En effet, il est possible de modifier ces techniques de telle manière que le même bras intercepte, dévie et frappe l’adversaire.

Gilbert Gruss explique que l’élément le plus fort dans la nature, c’est l’eau qui coule (ryu sui). Face à un obstacle, l’eau le contourne et ne va jamais contre la force de la nature. Sur ce principe, on cherche dans un premier temps à laisser filer une attaque sans y mettre aucune résistance, en faisant en sorte de dévier simplement la force de l’adversaire. En karaté, on bloque généralement latéralement en frappant et en balayant le bras ou la jambe adverse, ce qui a pour effet de choquer voire de briser le membre de l’adversaire, mais cela a aussi pour inconvénient de l’éloigner et de provoquer une perte de contact. En tai ki ken, mais aussi en tai chi, on cherche davantage à se protéger (esquiver, détourner, absorber, etc.) tout en restant le plus près possible de l’adversaire, afin de mieux le contrôler. De cette façon, le bras en hikite pourra toujours entrer dans une technique de riposte, de clé ou de projection. La seconde partie est quant à elle, axée sur la décontraction du corps et sur les esquives pour trouver des situations de riposte plus efficaces. Gilbert Gruss rappelle à plusieurs reprises certains principes de fluidité et de continuité dans le mouvement en prenant l’image de la vague qui ne s’arrête jamais.

1./ Échauffement et exercices préparatoires.

Pour les échauffements de base voir le compte rendu de Genève. Nous ne précisons ici que les exercices ou enchaînements nouveaux :

  • Le crabe : en position assise, se soulever en amenant les mains au sol pouces tournés vers l’extérieur de manière à figurer « un crabe ». Dans cette position avancer, reculer, se déplacer latéralement à gauche et à droite, faire en tour complet dans un sens horaire puis anti-horaire. L’exercice est très physique !

  • Jambe gauche en avant, frapper mae geri jambe avant, frapper maete bras gauche, enchaîner gyaku zuki. Idem de l’autre côté. Augmenter la cadence.

  • Jambe gauche en avant, frapper mae geri jambe avant, poser et frapper maete bras gauche, enchaîner gyaku zuki , frapper mae geri jambe arrière reposer derrière, frapper gyaku bras gauche. Idem de l’autre côté. Augmenter la cadence.

  • A partir d’heian nidan : à gauche monter morote haiwan uke, regrouper les deux poings, frapper yoko zuki . Idem à droite. Faire ensuite les mouvements en avançant ou en reculant sur les 4 points cardinaux.

  • Enchaîner à gauche puis à droite tate empi jodan – ushiro empi – mawashi empi – yoko empi- Augmenter la cadence.

  • Mains collantes (voir compte rendu Genève) puis poussée des mains en statique : Il s’agit de travailler la poussée des mains mais sans déplacement des jambes. Pied contre pied, les deux partenaires prennent contact au niveau de leur avant-bras, le but est de faire bouger l’autre, tout en conservant une position la plus stable possible. Le premier des deux qui déplace ses pieds a perdu. Ce travail est très intéressant, car il permet de vérifier et de valider sa stabilité et son ancrage au sol. Il donne également l’occasion de travailler l’absorption et les défenses sur les attaques du partenaire. Il est recommandé de travailler cet exercice sans mettre trop de force et très souplement pour apprendre à sentir l’adversaire (développer sa sensibilité).

2./ Techniques de déviation sur jodan empi uke.

Une défense du coude constitue une parade efficace contre toute attaque imprévue ou imprécise au niveau du visage. Le coude devient alors une arme naturelle particulièrement efficace en combat rapproché soit pour attaquer soit pour défendre.

  • Tori attaque jodan gyaku zuki. Uke dévie le coup avec jodan empi uke en orientant le corps vers l’intérieur (transfert et esquive). Il enchaîne par une clé de coude sur le bras d’attaque avec sa main gauche en effectuant un pivot. Il peut ensuite repasser par une clé de poignet en sens inverse pour faire tomber Tori (voir principe de la vague). Sur la première clé, Uke peut frapper avec un empi remontant au niveau du coude de Tori. En produisant un effet de levier sur le bras, on provoque une violente douleur voire une cassure du membre.

  • Tori attaque mae geri jambe arrière. Uke en yoi, esquive en se protégeant avec osae uke. Tori enchaîne maete ou kizami zuki. Uke dévie l’attaque avec son bras gauche. Tori riposte gyaku zuki très vite. Uke dévie l’attaque avec son bras droit en montant empi jodan uke (bien amener la main au niveau de l’oreille et le coude en l’air pour favoriser la déviation). Durant la montée du bras en empi, Uke effectue un léger transfert de poids de corps. Dans cette position Uke a plusieurs solutions pour contre attaquer : shuto uchi au niveau de la gorge par exemple.

  • Tori attaque gyaku zuki jodan, Uke effectue une déviation avec empi jodan . Par un enroulement, son coude passe par dessus le bras de Tori et il enchaîne yoko empi au visage. Le bras gauche de Uke glisse le long du bras de Tori pour immobiliser son poignet durant la frappe.

  • Tori attaque maete bras gauche. Uke dévie l’attaque en montant le coude en empi jodan uke . Le bras en empi jodan passe par-dessus le bras de Tori en l’enroulant. La main gauche de Uke vient saisir la main gauche de Tori, et Uke en passant en kokutsu, vient tirer dans le creux du coude de Tori avec son avant bras droit. Uke effectue une sorte de tenaille en pliant le bras de l’adversaire. En repassant en zenkutsu, Uke repousse violemment Tori en lui attrapant la nuque, puis en soulevant son bras, Uke vient placer le coude de Tori derrière sa tête pour l’immobiliser. Uke effectue alors une luxation de la nuque pour amener Tori au sol. En maintenant le bras derrière la tête de Tori, Il frappe tsuki. Faire le même travail avec l’autre bras.

3./ Autres techniques de déviation (sashi te, jodan age uke…).

Sont ici regroupées plusieurs techniques basées sur le principe de la déviation.

  • Tori et Uke sont face à face, en position hachiji dachi (yoi), le corps décontracté. Tori attaque choku zuki droit. Uke dévie avec sashi te bras droit. Tori attaque choku zuki gauche. Uke dévie avec sashi te bras gauche . Le travail se fait d’abord lentement puis en accélérant. A chaque fois, le bras de Uke passe par dessus celui de Tori. Il faut trouver le bon timing pour dévier l’attaque (ni trop tôt ni trop tard !).

  • Tori jambe gauche en avant attaque maete jodan. Uke dévie l’attaque avec sashi te (son bras passe par dessus celui de Tori) puis il effectue un dégagement en gedan barai avec le bras gauche. Il riposte dans le même temps par un gyaku zuki droit. Lorsque l’on a bien compris ce premier travail on cherche des variantes . Par exemple on peut poursuivre la déviation par une clé au niveau de l’épaule, amener le corps de l’adversaire vers le bas et frapper avec hiza geri (coup de genou). Sur l’attaque de Tori en maete, le sashi te peut être extérieur ou intérieur. Dans ce dernier cas on peut saisir la nuque, effectuer une pression vers le bas puis frapper avec le genou ou avec la main ouverte sous le menton voire effectuer un étranglement .

  • Tori attaque maete jambe gauche en avant. Uke dévie le bras avec son bras droit pour frapper Tori jusqu’à la gorge. Puis en avançant la jambe droite derrière le corps de Tori, il effectue une poussée latérale pour le faire chuter. Une variante -toujours sur maete- consiste à effectuer la déviation avec le bras gauche et à frapper dans le haut de la cuisse ou au niveau de la rotule de Tori avec son genou gauche en avançant la jambe droite pour déséquilibrer Tori.

  • Tori attaque mae geri jambe gauche en avant. Uke en yoi esquive en reculant la jambe droite. Tori enchaîne gyaku zuki jodan. Uke dévie l’attaque avec sashi te puis enroule le bras de Tori pour lui faire une clé au niveau de l’épaule. A partir de là, chacun cherche différentes solutions pour mettre Tori hors de combat.

  • Tori jambe gauche en avant attaque mae geri. Uke ne doit surtout pas bloquer gedan barai au risque de se casser le poignet. Il suffit de faire une sorte de sashi te poing fermé ou main ouverte vers le bas pour dévier naturellement la jambe de Tori. Si on doit bloquer un mae geri, il vaut mieux le faire en otoshi avec les deux mains ouvertes.

  • Sur une attaque de Tori en mae geri, Uke pare le coup en absorbant l’attaque avec ses deux mains et non en la bloquant violemment. C’est donc un mouvement qui s’effectue en souplesse. Les deux paumes vont à l’encontre du tibia, mais dés que le contact est établi il ne faut pas bloquer mais absorber, amortir le choc. Il est tout à fait possible de pouvoir guider la jambe adverse sur les côtés une fois que celle-ci est en extension. Uke esquive avec un écrasement arrière (neko ashi dachi ) Sur le transfert du poids de corps vers l’avant Uke peut contre attaquer. Si Tori enchaîne maete, Uke peut dévier avec l’armement du jodan age uke et effectuer une clé de coude en pivotant.

  • Tori attaque gyaku zuki jodan. Uke dévie l’attaque sur l’armement de jodan age uke. Son bras reste en contact et le bras gauche monte en age uke pour saisir et enrouler le bras de Tori. Au moment de la saisie, les deux bras de Uke forment une croix. Gilbert Gruss rappelle que dans le cas du jodan age uke sur une attaque haute, la position du bras doit être à 45 degrés pour que le bras de l’adversaire glisse facilement. Il ne doit pas former un angle droit.

Durant les exercices, il est important d’avoir une garde souple, mains ouvertes, épaules décontractées en cherchant à protéger la partie supérieure du corps. Les attaques de rue se font essentiellement au niveau du visage. Dans cette position les mains vont agir comme des antennes et prendre des informations très rapidement lors du contact. Il faut toujours avoir conscience du danger.

4./ Esquive, absorption et transfert de poids de corps.

Il est important de savoir éviter les attaques en utilisant les mouvements du corps par transfert, ce qui permet des ouvertures. Par ouvrir le corps il faut entendre esquiver. On esquive le coup en ouvrant le corps de profil, en se déplaçant en avant, en arrière, à droite, à gauche, en diagonale avant ou arrière. Ce déplacement du corps en pivot ne vise pas seulement à esquiver mais permet ensuite de se trouver dans une position favorable par rapport à l’adversaire pour le contrer.

  • Tori et uke sont en position zenkutsu jambe gauche en avant. Les partenaires se tiennent fermement par la main droite (comme pour un bras de fer) bras tendus. Tori effectue un mae geri chudan avec lenteur puis il ramène la jambe bien pliée à la fesse pour frapper ensuite un mawashi geri chudan (ou jodan). Reposer le pied sans forcer sur la hanche. Uke effectue le travail à son tour. Faire l’exercice une dizaine de fois puis changer de jambe et de bras pour exécuter le travail de l’autre côté.

  • Tori et uke se mettent de nouveau en position zen kutsu jambe gauche en avant. Les partenaires se tiennent par la main droite bras tendus comme précédemment. Tori effectue un yoko geri chudan avec lenteur puis il ramène la jambe bien pliée à la fesse pour frapper ensuite un ushiro geri. Uke effectue le travail à son tour. Faire l’exercice une dizaine de fois puis changer de jambe et de bras pour exécuter le travail de l’autre côté.

  • Tori jambe gauche en avant frappe jodan mawashi geri avec jambe arrière, Uke esquive et bloque l’attaque. Tori continue la même technique de manière à faire faire un tour complet à Uke et à se retrouver au point de départ. (rotation anti horaire). Uke à son tour effectue le même travail. Les deux partenaires changent de jambe et refont l’exercice. La rotation devient horaire cette fois-ci.

  • On reprend le même exercice mais Uke va riposter en gyaku zuki après le blocage. L’idée est de créer une ouverture pour se retrouver en bonne position de frappe. Il faut donc évoluer en harmonie avec les mouvements de son adversaire, en les utilisant comme aide à sa propre défense. Répondre à un adversaire en effectuant un déplacement fluide permet de contrôler la situation. Se déplacer dans toutes les directions contribue à troubler l’adversaire et facilite l’utilisation de la contre attaque.

  • Les deux partenaires sont jambe gauche en avant . Tori effectue mae geri chudan jambe avant. Uke esquive en reculant. En reposant le pied, Tori enchaîne mawashi geri jambe arrière. Uke esquive et riposte gyaku zuki. Tori et Uke décrivent un cercle comme précédemment. Uke réalise à son tour l’exercice puis on inverse les jambes. Tori frappe mae geri jambe arrière puis enchaîne mawashi jambe avant. Uke contre attaque toujours gyaku zuki en engageant bien la hanche. On reprend la totalité des enchaînements à gauche.

  • Tori jambe gauche en avant attaque maete. Uke esquive en effaçant le corps en passant en neko ashi dachi. il s’opère une sorte d’enroulement (vrille) du corps avec un enracinement sur la jambe arrière. Dans le même temps Uke bloque avec haiwan uke bras gauche . Le bras droit passe très rapidement et de manière très fluide par dessus pour l’enrouler et le dégager en gedan barai. Sur le transfert du poids de corps qui agit alors comme un ressort, Uke frappe tetsui au visage. Il s’agit des trois premiers mouvements de heian nidan que l’on peut aussi travailler sous une forme décomposée : Tori jambe gauche en avant attaque maete ou kizami zuki – Uke en yoi bloque jodan haiwan uke bras droit et riposte ura zuki ( même bras) – Tori jambe gauche en avant attaque gyaku zuki . Uke bloque haiwan uke et riposte tetsui même bras -Tori jambe gauche en avant attaque maete ou kizami zuki. Uke dévie avec haiwan uke bras droit et riposte ura zuki bras gauche.

Quelques exercices sont proposés en fin de stage pour montrer comment Tori peut reprendre l’avantage sur Uke.

  • Tori jambe gauche en avant attaque gyaku zuki avec force pour obliger Uke à le dévier. Uke effectue la déviation avec teisho par exemple. Tori reprend l’avantage en bloquant son bras de la main gauche. A partir de la plusieurs variantes avec uraken ou gedan barai sont possibles pour reprendre l’attaque là où elle avait échoué.

Jean-Luc Gaudet